Visite à l'ALHAMBRA de Grenade
Dossier préparé par Claire MUNIER

 

Quand vous arrivez à Grenade, vous ne pouvez pas ne pas voir l’immense château fort qui la surplombe: l’Alhambra, la rouge à cause de la couleur que sa terre prend au coucher du soleil à moins que ce ne soit celle des torches qui l’éclairaient la nuit, du temps de sa splendeur vivante. Une construction massive, imposante, même lourde vue de l’extérieur et dont la puissance ne pouvait laisser aucun doute à quiconque l’apercevait.
Après une montée dans la fraîcheur des arbres, vous pénétrez dans un sanctuaire de verdure et de constructions mêlées. Une allée de cyprès majestueux vous mène au milieu des chants d’oiseaux dans un jardin d’orangers, de buis, de cupressus où bruisse l’eau de toutes parts.

Un palais, le Généralife où se mêlent cours et patios délicieusement ombragés, bassins et jets d’eau, colonnes façonnées de stuc, couloirs où l’on imagine sans peine les amours heureuses ou malheureuses, les intrigues des cours pour régner sur la ville. Nous sommes sous le charme et n’avons pas assez de nos six sens pour profiter de la beauté qui nous enveloppe. Un soleil de février (bien chaud déjà) nous caresse pour ajouter à la magie de l’instant.

Autant l’aspect extérieur est imposant autant l’intérieur nous met en contact avec la délicatesse de l’art musulman que ce soit l’architecture toute en équilibre et harmonie ou les décors de stuc qui sont ici ce que la dentelle est à Alençon, ou encore les azulejos aux couleurs des sultans (vert pour le prophète, jaune pour le soleil, bleu pour le paradis et rouge pour l’ardeur guerrière ou érotique.)
En repartant par les jardins du bas on constate que les architectes modernes ne font pas honte à notre époque: un amphithéâtre vient d’être refait au bout du jardin et l’on voudrait pouvoir assister aux spectacles nocturnes qui ont lieu l’été.
Continuons notre promenade enchantée jusqu’aux palais Nasrides (la casa real): le Mexuar, premier construit et d’abord résidence officielle et demeure familiale du monarque, le palais Comares, résidence officielle du roi et le Palais des lions, le harem, demeure familiale et intime de la famille royale.
A partir de ce moment, nos yeux ne savent plus où regarder pour profiter de la splendeur inimaginable qui nous entoure: du sol au plafond tout ce que les artistes nous offrent ne peut que toucher notre coeur: je crois impossible à quiconque de rester insensible à cette beauté et cette harmonie. Colonnes de marbre surmontées de chapiteaux finement décorés, arcures brisées ou osées, dentelles de stuc, bas des murs en azulejos aux dessins géométriques infiniment variés, plafond de marqueterie en bois précieux, sol de marbre ou de dallages incrustés.

Les paroles du prophète répétées à l’infini entourent les travaux de dentelle. Comme les motifs épigraphiques des écritures coufique et cursive sont élégants! Les ornements végétaux nous expliquent la foi religieuse coranique où le Paradis est le « jardin du bonheur ». Les palais ouvrent sur l’extérieur soit sur Grenade et l’Albaicin (la ville arabe) soit sur les patios où l’eau symbolise la vie qui coule ou les rivières du paradis (cour des lions). Ici pas de césure entre intérieur et extérieur, tout est fait pour que la chaleur du printemps et de l’été soit supportée grâce aux ouvertures sur l’eau. On imagine l’hiver les magnifiques tapis bouchant les ouvertures et gardant la chaleur grâce aux braseros. Ni lourdeur ni recherche de montrer la puissance du monarque: tout est en finesse et délicatesse. Tout est pensé pour que la vie physique soit agréable et que la vie spirituelle et symbolique nous enveloppe.
Quels artistes ! Et merci à leurs mécènes !