Le Mercosur

26 mars 1991

Dossier préparé par Patrick BLUM

 

Le Marché commun du Sud - Mercosur pour les hispanophones, Mercosul pour les lusophones- constitue le quatrième espace commercial du monde (derrière l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Asie du Sud Est) et représente un marché potentiel de quelques 200 millions de consommateurs.

Il a été institué le 26 mars 1991 par le traité d’Asuncion entre le Brésil, l’Argentine (tous deux déjà liés depuis 1985), le Paraguay et l’Uruguay. Ses objectifs : la libre circulation des biens, des services et des facteurs de production, l’établissement d’un tarif extérieur commun, la coordination des politiques macroéconomiques et sectorielles et l’harmonisation des législations des Etats membres.
Depuis, la zone suscite l’intérêt : le Chili et la Bolivie ont signé un accord de libre-échange avec le Mercosur en juillet 1996, le Venezuela et la Colombie se sont portés candidats à l’adhésion et le Pérou s’est également manifesté.
Le 15 décembre 1995 a également été signé un accord cadre interrégional de coopération avec les quinze pays de l’Union européenne : l’UE était déjà le premier partenaire de la zone avec 26% des échanges commerciaux. A Rio, en 1999, le Mercosur et l’Union européenne se sont engagés à lancer des négociations à partir du 1er juillet 2001 pour l’établissement d’une zone de libre-échange entre les deux blocs, et contrebalancer ainsi l’hégémonie étatsunienne sur la région.


Restent quelques obstacles au développement de ce grand ensemble économique :
- Le pouvoir d’achat de ses consommateurs est en moyenne 5 à 10 fois inférieur à celui des trois premières zones commerciales ;
- Il expose l’Uruguay et le Paraguay à deux géants économiques : le Brésil (qui représente à lui seul 80% du PIB de la zone) et l’Argentine ;
- L’Argentine et le Brésil se sont affrontés à plusieurs reprises, notamment en entravant le principe du libre-échange pour préserver leur économie des secousses financières qui ont secoué le continent.
- Enfin, le bilan des relations entre le Mercosur et l’Union européenne est marqué par un fort déséquilibre commercial : les exportations européennes vers le Mercosur ont progressé de 274% entre 1990 et 1996 alors que le flux commercial en sens inverse n’a progressé que de 25% durant la même période.

Les effets du Mercosur ne sont pas qu’économiques mais aussi politiques : ainsi, les pressions de ses partenaires ont eu raison du coup d’état tenté au Paraguay en 1996.


Depuis la Déclaration d’Ushuaia, signée en juin 1998 lors du XIV° sommet du Mercosur, la rupture du processus démocratique dans l’un des pays membres est passible d’expulsion du Mercosur.

 

Avec plus de 12 millions de kilomètres carrés le Mercosur constitue à n’en pas douter un grand espace, inégalement partagé entre le géant brésilien et les « petits » pays que sont l’Uruguay et le Paraguay, dont les tailles correspondent cependant à celles d’Etats européens grands ou moyens : l’Uruguay est plus grand que le Portugal et le Paraguay que l’Allemagne. Le Brésil et l'Argentine figurent parmi les Etats les plus étendus de la planète.


Or, on a l’habitude de considérer séparément chacun des espaces nationaux, ou même des régions qui composent les vastes Etats.

S’intéresser au Mercosur dans son ensemble suppose de changer de point de vue, de prendre le recul nécessaire pour envisager non plus séparément mais ensemble les pays associés.

 

L’originalité du Mercosur, c’est qu’il réunit deux grandes puissances du continent - l’Argentine et le Brésil – dont les économies présentent de réelles complémentarités même si la concurrence n’est pas absente dans certains secteurs.

Il est riche de multiples ressources naturelles – gaz, pétrole, minerais en tout genres, denrées agricoles – et fort d’une population diplômée, formée par quelques-unes des meilleures universités du continent.

Le rapprochement politique entre Argentine et Brésil représente un tournant dans une histoire diplomatique marquée plus par l’affrontement que par la coopération et semble inaugurer une nouvelle étape dans les relations diplomatiques entre les pays, mais aussi quant à leur rôle dans les instances internationales comme les Nations Unies, ou encore dans leurs rapports avec leurs voisins. Enfin, ce rapprochement ne s’est pas limité aux seuls États : entreprises, municipalités, universités, syndicats, prennent aujourd’hui mieux en compte les partenaires du pays voisin. Sans eux, l’intégration voulue par les États resterait lettre morte.

 

Liens à consulter

en français en espagnol en anglais

ARTE - "Le dessous des cartes" Magazine géopolitique de Jean-Christophe Victor