"MURALES" de Chili

Les murs comme support du politique

Dossier préparé par

Patrick BLUM et Paula VERDUGO TOLEDO

 

"Parole muette, peinte sur un mur."

Surgies à la fin des années 1960, les brigades murales acquièrent une visibilité à l’occasion de la campagne présidentielle de 1970. Les brigades sont alors affiliées à des partis politiques, elles sont constituées de militants -jeunes pour la plupart- et si l’ensemble du spectre politique chilien se dote à un moment donné de sa brigade, l’émergence du travail muraliste reste associée à la gauche chilienne.

Les brigades rivalisent en innovant dans le tracé, la complexité des figures, l’usage des couleurs. L’image qu’elles présentent aux passants les identifie tout autant que les messages véhiculés et que leur signature. Ainsi, chemin faisant, les brigades ouvrent-elles un espace d’expression artistique, étroitement lié à la vie politique mais suscitant, au-delà, l’attention et l’intervention ponctuelle d’artistes reconnus dont le peintre Roberto Matta.

C’est sur cette dimension artistique que s’est en partie bâtie la renommée d’une de ces brigades, la BRP (Brigada Ramona Parra). Cette renommée tient également à une manière de faire, issue de la nécessité: la vitesse. Il fallait travailler vite pour échapper à la surveillance de la police. Dans un premier temps, ce qu’on peignait c’était des messages conçus à l’avance et destinés à un lieu précis. Au sein de la brigade, il y avait des «traceurs» chargés du contour des lettres et des «remplisseurs» chargés de colorier l’intérieur; chaque brigadiste ayant sa couleur. Deux traceurs se plaçaient aux extrémités du mur choisi pour peindre de l’extérieur vers l’intérieur. Les premières lettres étant tracées, le remplissage commençait. Sur un mur de deux mètres de haut et de trente mètres de long la BRP écrivit un jour «Avec Allende nous vaincrons». L’opération prit deux minutes et demie!

Des fresques entières ont été conçues. L’une d’elles raconta en images l’histoire du mouvement ouvrier chilien sur les rives du Mapocho à Santiago. A partir du coup d’Etat du 11 septembre 1973, tous les partis politiques furent proscrits, les brigades interdites et leurs membres poursuivis. On entreprit d’effacer chaque peinture effectuée et de cette première étape des brigades murales, il ne resta rien. Plus tard encore, au carrefour des années 1980, et à la faveur de la réorganisation d’une opposition politique complexe8, le travail mural refit surface: sur les murs, les images renvoyaient désormais à l’histoire de la dictature, au coup d’Etat, aux crimes commis, on y voyait les visages des morts et des disparus. Depuis, les brigades se sont multipliées. Elles admettent aujourd’hui des sujets fort variés et ne sont pas nécessairement liées à des partis politiques.

Une des brigades surgies à la fin des années 1980 choisit de ne plus mettre en images mais de revenir aux mots de la première période : la brigade Juan Chacón Corona, dite «la Chacón».

 

Liens à consulter

en français en espagnol en anglais